Telle est l'interprétation du quatrain :
De castel Franco sortira l’assemblee,
L’ambassadeur non plaisant fera scisme:
Ceux de Ribiere seront en la meslee,
Et au grand goulfre desnieront l’entree.
(VIII-12)
Castel peut désigner un château, c'est son usage le plus courant, mais les partisans de Nostradamus préfèrent y voir Castellón de la Plana, ville d'Espagne. Cette capitale du Castellón (région valencienne) aurait été prise par les nationalistes le 15 juin 1938 (les seules références que j'ai trouvé venaient de sites pro-nostradamus). Outre l'explication hasardeuse du mot "castel" par l'identification à une ville précise, en quoi la prise de ladite ville peut-elle être considérée comme le fait de faire "sortir l'assemblée" ?
De plus, rien n'indique que c'est en 1938 que Franco prit sa décision de neutralité. En effet, lui qui resta si fidèle à Sanjurjo malgré son désaccord, pouvait-il oublier l'aide inestimable des avions italiens et des Junkers allemands dans sa prise de pouvoir ? Lui qui fut le caudillo, comme Mussolini fut le Duce et Hitler le Führer, aurait-il eu des raisons de s'opposer à eux, aurait-il hésiter avant 1938 à maintenir, au minimum, un statu quo ? D'autant plus que l'aide de l'Italie et de l'Allemagne déjà nazie lui assurèrent la victoire en octobre 1936. Comment oublier Guernica, symbole de la dictature franquiste, et pourtant perpétrée par... la Luftwaffe ! La bataille d'Ebre (1938) réduisit les derniers espoirs des républicains, et non celle, supposée, de Castellón de la Plana.
Franco : l'illustre général, à coup sûr... Sauf que l'on peut interpréter les choses différemment : et s'il fallait lire "de castel franco (de château français) sortira l'assemblée" ? La construction est tout aussi possible. En effet, Franco n'est pas nécessairement un nom propre, encore moins un nom associé à l'armée. Quel dommage qu'il ne l'ait pas appellé "caudillo", cela au moins aurait évité l'ambiguïté.
L'ambassadeur : en l'absence de détail, on peut parfaitement en faire un allemand, von Stohrer, qui rompit les liens diplomatiques avec l'Espagne, bien que cet événement soit relativement peu important dans l'histoire franquisme, a fortiori dans celle de la seconde guerre mondiale (si peu importe à vrai dire qu'il est difficile d'en trouver des références). Peut-on, outre cela, qualifier cette discorde de schisme ?
Ceux de Ribiere : les phalangistes, selon les pro-Nostradamus. En effet, la phalange espagnole fut fondée par José Antonio Primo de Rivera, fils de Miguel Primo de Rivera, ancien dictateur d'Espagne de 1923 à 1930. Il est mort en 1936. Si Rivera fut forcé de soutenir des rébellions, il est vrai que la phalange devint peu à peu au centre du mouvement franquiste (seront en la meslee), mais essentiellement parce qu'elle fut supprimée et mélangée aux Carlistes de Navarre dans le Movimiento Nacional, tout en éliminant ses leaders originels.
Et au grand goulfre desnieront l’entree : ??? Aucun site sur Nostradamus ne propose d'expliciter ce vers. Un quart du texte laissé de côté, cela fait beaucoup.
En conclusion : ma connaissance de la langue de Nostradamus et de l'espagne franquiste demeure limitée. Je ne prétends donc pas avoir toutes les clefs. Néanmoins, ces quelques éléments m'incitent à penser que le quatrain de Nostradamus ne parle pas de la neutralité espagnole dans le conflit mondial. Néanmoins, tout nouvel élément à apporter (soit pour soit contre cette thèse) est le bienvenu.